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jeromeruby.com
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FORT MOU - 2005
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Du paysage comme espace critique.
Mon premier lien avec le paysage est d’ordre visuel, je peux dire qu’il “fait image” et en avoir une lecture à travers son ensemble de repères comme une infinité de détails, passant de l’un à l’autre: trous - roches - arbres - pylônes - vallons - monts - habitations - rivière - nuages - absence de nuage - limaces - oiseaux - camions - déchets - fleurs - corps - entrepôts ...
Parler du paysage c’est interroger la
notion d’espace. Le paysage est à mon sens
d’ordre conceptuel : ses réalités
visuelles, plastiques, physiques et organiques répondent
à un jeu de construction et d’organisation de la
pensée. Je comprends bien que je
n’évolue pas de la même manière dans
un paysage portuaire ou industriel que dans un ensemble
urbain ou encore dans un parc naturel protégé.
Pourtant de ces trois exemples aucun n’a
échappé à un quelconque moment à
une forme de pensée économique, à une
manière relative d’être organisé :
les itinéraires du regard tout comme ceux des
circulations des êtres et des biens ont été
plus ou moins savamment conçus. Ainsi à certaines
parties ont été attribuées des fonctions
spécifiques comme un point d’observation, un
repère visuel, un espace de circulation, un lieu de
communication mercantile ; ou encore des fonctions symboliques
(historiques ou culturelles) visant la conscience de
l’individu.
FortMou, une image de marque
Au delà d’une simple
confrontation de sens, la réunion des mots
«fort» et «mou» dans un même nom
peut évoquer l'appellation d’un lieu à
valeur historique. Tout comme il y a un Fort de
Québec, un Fort-de-France, un Fort Lauderdale ou encore
un Fort Alamo, il y aura un FortMou. Fort implique la
stratégie, le contrôle, la résistance, le
conflit lié à la quête ou à la
défense du territoire. La conception des
frontières et des espaces c’est étroitement
développée avec les principes de surveillance et
de défense de l’architecture militaire. En ce sens
FortMou peut évoquer une défaillance conceptuelle
dans l’idée de positions stratégiques et de
territoire. FortMou ne peut exister en tant que place forte.
FortMou c’est du yogourt économique, une
pensée savoureuse dans un monde artificiel.
Dans la modernité balbutiante, il
est significatif de souligner que l’expansion du
modernisme industriel et de la société technique
s’accompagnait d’une fascination retrouvée
pour les grands espaces illustrés notamment à
travers le romantisme par une nature sauvage. La pensée
moderne, romantique, individualiste et bourgeoise était
le terreaux favorable à l’émergence des
grandes corporations.
Le choix d’une typographie fut à ce titre citationnelle, empruntant l’image écrite à deux marques de multinationales (Ford et MacDonald) dont les stratégies de communication, de vente et de gestion des ressources humaines ont fait école. L’économique invente du paysage.
Ainsi j’imagine que si mon paysage
est traversé par un pick-up “construit pour
durer”, il doit s’y trouver quelque part un cornet
de frites ou un hamburger assaisonné de ketchup
synthétique. Il pourrait aussi y avoir un os et une
pensée sauvage.
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letraset, Fonderie Darling, Montréal
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© Jerome Ruby 2010
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